Interview Paroles de Pros : Valentine Jean-Richard, Directrice générale de Parfums du Monde, partage sa vision d’un voyage plus expérientiel, plus conscient et plus humain.
Depuis plusieurs années, Valentine Jean-Richard accompagne l’évolution de la production au sein de Parfums du Monde. Aujourd’hui Directrice Générale, elle poursuit le développement du tour-opérateur tout en explorant de nouvelles formes d’expériences avec Namaste Voyages, une collection de séjours mêlant découverte culturelle, bien-être et développement personnel.
Dans un contexte où les attentes des voyageurs évoluent vers davantage de sens, de rythme et d’impact, elle partage sa lecture des transformations du secteur : montée du tourisme expérientiel, recherche de reconnexion, responsabilité des acteurs et nouveaux formats de voyage.
Pour InfosTourisme, elle revient sur son parcours, sa vision du sur-mesure et les grandes tendances qui dessinent l’avenir du voyage à horizon 2026.
Sommaire
Une évolution profonde du voyage sur mesure
Après plusieurs années à la tête de Parfums du Monde et la création de Namaste Voyages, quel regard portez-vous sur l’évolution du voyage sur mesure et du tourisme de bien-être ?

Valentine Jean-Richard :
Le voyage sur mesure a changé de statut. On est passé d’un luxe “logistique” à un luxe “expérientiel”. Aujourd’hui, le sur-mesure ne se résume plus à adapter un itinéraire : il s’agit de comprendre profondément les attentes émotionnelles, culturelles et personnelles du voyageur.
Le tourisme de bien-être s’inscrit dans cette évolution. Il n’est plus perçu comme une parenthèse ou un produit de niche, mais comme une vraie manière de voyager autrement : plus conscient, plus lent, plus aligné avec soi et avec les territoires traversés.
L’expérience du voyage comme fil conducteur
Le lien entre émotion, culture et bien-être est au cœur de vos créations. Comment traduisez-vous cette philosophie dans vos voyages et dans vos relations partenaires ?
Valentine Jean-Richard :
Nous concevons nos voyages comme des expériences vivantes.
Concrètement, cela passe par : des rencontres locales authentiques, des rythmes respectueux (moins de kilomètres, plus de temps), et des partenaires choisis autant pour leurs valeurs que pour leur savoir-faire.
Avec nos partenaires, nous travaillons dans une logique de co-construction. Ce sont de vraies relations de long terme, basées sur la confiance, la transparence et l’envie de proposer quelque chose qui a du sens pour le voyageur comme pour le territoire.
Des voyageurs en quête de sens
Quels changements majeurs observez-vous dans les attentes des voyageurs depuis la crise, notamment en matière de sens, de rythme et d’impact ?
Valentine Jean-Richard :
Les voyageurs veulent comprendre pourquoi ils partent, pas seulement où ils vont.
Dans les attentes que vous citez:
le sens : voyager pour apprendre, pour rencontrer, se reconnecter, s’ouvrir
le rythme : ralentir, respirer, sortir de la logique voir pour voir
l’impact : savoir que leur voyage est utile pour eux, pour les autres ou au minimum respectueux.
Il y a aussi une recherche de réassurance très forte : transparence, expertise, accompagnement humain. Le rôle de l’agent de voyage est selon moi central.

La durabilité, un travail concret et progressif
Le tourisme durable et la responsabilité des marques sont devenus des enjeux majeurs. Comment les intégrez-vous concrètement dans votre feuille de route à horizon 2026 ?
Valentine Jean-Richard :
Il n’est pas évident d’intégrer la durabilité quand on propose des voyages de groupes long courrier il faut le dire. Nous essayons de mettre bout à bout des actions concrètes pour que l’impact soit immédiat. Cela passe par la sélection de nos partenaires locaux, tant pour la qualité de leur travail que pour leurs engagements, le choix d’hébergements engagés quand c’est possible, et la pédagogie auprès des voyageurs avant et pendant le départ.
Dès qu’une destination le permet et que la volonté des voyageurs est alignée, nous offrons la possibilité de contribuer directement à la qualité de vie des habitants, par exemple : contribuer à l’équipement d’un orphelinat au Vietnam dans la province d’Ha Long, offrir un gnou à Madagascar pour permettre à des famille de gagner en autonomie, apporter du matériel scolaire dès que nous le pouvons…
Nous préférons faire moins, mais mieux. Et surtout, rester honnêtes sur ce que nous faisons et sur ce que nous ne faisons pas encore.
Quand le voyage devient une expérience transformative
Namaste Voyages propose des expériences à la croisée du voyage et du développement personnel. Quels enseignements tirez-vous de cette approche ?
Valentine Jean-Richard :
Le principal enseignement, c’est que le voyage peut être un véritable catalyseur de transformation (à condition d’être bien encadré).
Les voyageurs reviennent souvent avec autre chose qu’un souvenir : une prise de conscience, une énergie nouvelle, parfois même des décisions de vie.
Cela nous oblige à être très responsables dans notre manière de concevoir ces expériences. Le développement personnel n’est pas un argument marketing, c’est un engagement qui passe par une sélection rigoureuse d’intervenants.
Concilier croissance et cohérence de marque
Comment parvenez-vous à concilier croissance et cohérence de marque entre Parfums du Monde et Namaste Voyages ?
Valentine Jean-Richard :
Parfums du Monde et Namaste Voyages ont des ADN distincts, mais une même exigence : la qualité de l’expérience client et le respect du voyage.
Nous ne cherchons pas une croissance à tout prix. Nous préférons une croissance maîtrisée, cohérente avec nos valeurs, nos équipes et nos partenaires. Chaque nouveau projet doit avoir du sens.
Les tendances du voyage sur mesure à horizon 2026
Selon vous, quelles seront les tendances fortes du voyage sur mesure d’ici 2026 ?

Valentine Jean-Richard :
Je vois plusieurs tendances dans nos demandes, attentions toutes ne sont pas forcément réalisables, il y a toujours une corrélation, envie, temps, budget qui rentre en compte.
De mon côté j’observe la demande de destinations moins évidentes, mais plus profondes (Île de Pâques, Caraïbes moins connues Saint Martin / Antigua, Ile Feroes). On a aussi de plus en plus de variété dans les formats, mêlant culture, nature, introspection, détente ce sont ce qu’on appelle désormais les « retraites ». Une attente accrue de la personnalisation de la relation voyageur / organisateur.
Le rôle des médias B2B dans un secteur en mutation
Quelle place accordez-vous aux médias B2B spécialisés comme InfosTourisme.com dans l’accompagnement des professionnels du secteur ?
Valentine Jean-Richard :
Ils jouent un rôle clé.
Dans un secteur en pleine mutation, les médias B2B spécialisés permettent de prendre du recul, d’analyser les tendances et de nourrir la réflexion. Les formats interactifs, les études de marché et les contenus métiers sont de vrais outils à condition qu’ils restent concrets et ancrés dans la réalité du terrain.
Un conseil aux futurs entrepreneurs du voyage
Enfin, quel conseil donneriez-vous à un jeune entrepreneur qui souhaite se lancer dans le voyage sur mesure ?
Valentine Jean-Richard :
De ne pas vouloir tout faire tout de suite.
Il faut d’abord savoir pourquoi on crée une marque, quelle est sa singularité, et accepter que la crédibilité se construit dans le temps. Le positionnement et la valeur ajoutée sont la clé. Et surtout : rester humble face aux territoires, aux partenaires et aux voyageurs.




