Apprendre à cuisiner, travailler la poterie ou enfin parler quelques mots de la langue locale plutôt que simplement revenir avec des photos. Mastercard a mis un nom sur cette manière de voyager : les « Skillidays ». Derrière le terme marketing, une étude européenne publiée cet été montre un signal intéressant pour les agences, destinations et producteurs d’expériences.
Près d’un Européen sur deux déclare vouloir acquérir un nouveau savoir-faire pendant ses vacances d’été. En France, la proportion atteint 45 %.
Le chiffre mérite cependant d’être lu correctement. Il provient d’une enquête déclarative menée par Mastercard avec l’institut 3Gem en février 2026 auprès de 27 000 personnes dans 28 pays. Il mesure donc des intentions et des comportements déclarés, pas une nouvelle catégorie de réservations déjà traçable dans les ventes touristiques.
En bref
37 % des Européens disent avoir déjà réservé ce type de voyage
C’est probablement la donnée la plus intéressante de l’étude.
Mastercard indique que 37 % des Européens interrogés déclarent avoir déjà réservé en 2026 un séjour spécifiquement destiné à apprendre une compétence. En France, ils sont 32 %.
La tendance est plus marquée chez les jeunes voyageurs : 57 % des 18-24 ans et 52 % des 25-34 ans disent avoir déjà planifié ce type de séjour.
Le mot « Skilliday » est nouveau. Le produit, beaucoup moins.
Les séjours linguistiques, stages de cuisine, retraites de yoga, voyages photo, surf camps ou ateliers chez des artisans existent depuis longtemps. Ce qui change éventuellement, c’est la place que l’apprentissage peut prendre dans la motivation du voyage.
Mastercard relève ainsi que 51 % des répondants considèrent qu’un séjour prend davantage de sens lorsqu’ils y apprennent quelque chose.
Selon la presse spécialisée et les premiers relais européens de l’étude, cette recherche d’expériences plus actives dépasse désormais les niches traditionnelles du tourisme sportif ou culturel.

En France, la cuisine arrive devant les langues
Les envies diffèrent assez nettement d’un marché à l’autre.
À l’échelle européenne, les bases d’une nouvelle langue arrivent en tête avec 30 % des répondants. Les cours de cuisine locale et l’apprentissage de la fabrication de produits alimentaires ou de boissons suivent à 28 %.
Viennent ensuite le yoga, la méditation ou la danse, puis l’artisanat traditionnel et les activités créatives.
Les Français n’ont pas exactement le même classement.
La cuisine arrive en première position avec 26 %, devant l’artisanat traditionnel à 23 %. Apprendre suffisamment de mots dans la langue du pays pour pouvoir échanger avec les habitants intéresse 22 % des Français interrogés.
Pour une destination française, ces chiffres ouvrent un terrain assez concret.
Un atelier avec un boulanger, une demi-journée chez un céramiste, une initiation à la vinification ou un cours avec un chef local peuvent devenir autre chose qu’une animation ajoutée au séjour. Ils peuvent participer directement au choix de la destination.
41 % des Français se disent prêts à payer davantage
Pour les professionnels, c’est évidemment le chiffre qui attire l’œil.
Mastercard affirme que 42 % des Européens et 41 % des Français seraient prêts à dépenser davantage pour un séjour leur permettant d’acquérir un nouveau savoir-faire.
Là encore, il s’agit d’une intention déclarée. Elle ne garantit ni panier moyen supérieur ni meilleure marge.
Mais elle donne une piste intéressante pour sortir de la comparaison uniquement fondée sur le prix.
Une nuit d’hôtel reste une nuit d’hôtel. Une nuit associée à un atelier réellement difficile à reproduire ailleurs commence à raconter autre chose.
Le sujet peut être particulièrement intéressant pour les territoires ruraux ou les petites destinations disposant d’un patrimoine artisanal, gastronomique ou agricole fort mais de peu d’attractions touristiques spectaculaires.
Encore faut-il éviter le piège classique : transformer chaque démonstration de vingt minutes en « expérience immersive » vendue à prix fort.
Pour que le produit fonctionne, il faut réellement apprendre quelque chose.
Les artisans locaux peuvent devenir une partie du produit touristique
Mastercard insiste beaucoup sur ce point dans son étude.
Les voyageurs interrogés disent rechercher des expériences proposées par des acteurs locaux, capables de transmettre une pratique autant qu’une histoire du territoire.
Pour les agences réceptives et les offices de tourisme, cela peut changer la manière de construire une offre.
Le partenaire n’est plus forcément uniquement un hôtel, un transporteur ou un site touristique. Cela peut être un potier, un vigneron, un chef, un apiculteur, un photographe ou un moniteur sportif.
Et le modèle économique mérite d’être regardé de près.
Un artisan n’est pas nécessairement structuré pour accueillir des groupes, gérer une réservation en ligne, assurer une activité dans plusieurs langues ou travailler avec les contraintes d’un tour-opérateur. Transformer un savoir-faire en produit touristique nécessite donc un vrai travail de production.
C’est aussi ce qui peut faire sa valeur.
Les Skillidays sont-ils vraiment la prochaine grande tendance du voyage ?
Je serais plus prudent que le communiqué de Mastercard.
Une enquête de 27 000 personnes est suffisamment importante pour révéler un intérêt. Elle ne suffit pas à démontrer que le farniente est en train de disparaître ou que la moitié des Européens choisiront demain leurs vacances autour d’un stage de poterie.
Le terme « Skillidays » lui-même est une création marketing.
En revanche, il rejoint une évolution plus large que le Mastercard Economics Institute observe également dans ses travaux 2026 : les voyageurs continuent à consacrer une partie importante de leurs dépenses aux expériences et deviennent plus attentifs à ce qu’un voyage leur apporte réellement.
Pour un professionnel du tourisme, inutile donc de refaire tout son catalogue autour d’un nouveau mot à la mode.
Il peut être beaucoup plus utile de regarder les produits existants et de se poser une question très simple : qu’est-ce que mon client saura faire, comprendre ou raconter après cette expérience qu’il ne savait pas avant ?
Si la réponse est claire, il y a probablement quelque chose à vendre.
Sources
- https://www.mastercard.com/news/europe/en/newsroom/press-releases/en/2026/the-rise-of-the-skilliday-half-of-europeans-now-plan-to-learn-a-new-skill-on-holiday/
- https://www.mastercard.com/news/europe/fr-fr/salle-de-presse/communiques-de-presse/fr-fr/2026/en-2026-l-europe-confirme-son-statut-de-destination-mondiale-de-reference-pour-les-voyages-culturels-gastronomiques-et-axes-sur-les-experiences/
- https://www.euronews.com/travel/2026/07/06/skillidays-nearly-half-of-european-travellers-plan-to-learn-a-new-skill-this-summer

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